Compte-rendu de la réunion du 14 novembre 1964

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OUVROIR DE LITTERATURE POTENTIELLE

Circulaire n° 54

COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 14 NOVEMBRE 1964

PRESENTS :P. Braffort, R. Queneau, J. Bens, N. Arnaud, Latis, C. Berge, J. Duchateau, J. Lescure, A.-M. Schmidt.

PRESIDENT : F. LE LIONNAIS.

A. BLAVIER (Président).

Annexe 1  . Duchateau

QUENEAU : Dans le cas d’H. James, on sait par ces carnets qu’il se posait des tas de questions sur la manière de combiner ces situations. Ces contraintes qu’il s’imposait n’avaient rien de naïf. Pour les autres… ce qui serait intéressant, ce serait de mettre en valeur des systèmes de contraintes que les romanciers respectent automatiquement. Par exemple, les contraintes naïves : un auteur ne donne pas le même nom à deux personnages. C’est naïf. Et c’est une contrainte.

BRAFFORT : Ce qui m’intéresse dans ce qu’a dit Duchateau c’est que cela pourrait, sans doute, être à la base d’une nouvelle forme de critique littéraire.

LE LIONNAIS : Jusqu’à présent nous avons surtout travaillé sur les mots, je crois que depuis quelque temps nous nous intéressons à des ensembles plus complexes. Ensembles d’idées, de personnages, de situations, etc…

DUCHATEAU : Le problème réside dans le fait qu’il est facile de compter des mots, mais les éléments d’ensemble qui sont des personnages…

BRAFFORT : Il ne faut pas s’obnubiler avec le quantitatif.

DUCHATEAU : Avec le qualificatif on verse facilement dans la stylistique ou le psychologisme.

BERGE : Je suis de l’avis de Braffort. Il suffit de faire attention, nous pouvons travailler sur des ensembles d’idées.

LATIS : Des idées ? Vous voulez dire structures ; les idées, permettez-moi d’être sceptique.

BRAFFORT : Nous structurons les idées par les mathématiques.

SCHMIDT : Puisque vous parlez de structure d’idées, je voudrais faire remarquer—bien sûr j’évoque ma propre expérience, mais je ne crois pas qu’elle soit unique—, que lorsque nous jugeons un livre nous le faisons en fonction d’une thématique qui nous est chère. Est-ce que, alors, nous ne sollicitons pas des structures intentionnelles ?

LATIS : Tout lecteur ramène l’œuvre à des structures qu’il admet.

SCHMIDT : Je voudrais savoir quelles structures admettent les lectrices des maisons d’éditions ? Ne pourrions-nous pas procéder à une ou deux invitations ?

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BENS : A.M. Schmidt a des curiosités malsaines.

QUENEAU : Ce qu’il y a de certain, je l’ai déjà dit je crois, c’est qu’il est facile de reconnaître un amateur d’un professionnel en quelques pages. Le livre du professionnel peut être mauvais, mais cela relève quand même de la littérature.

BENS : Je me pose, je vous pose une question : la qualité de l’œuvre dépend-elle de la structure ?

LE LIONNAIS : Cette question pertinente résume la situation. Ce dont nous sommes certains, c’est que notre propos n’est pas la valeur littéraire.

BRAFFORT : Nous sommes une fabrique d’armes et cycles.

LE LIONNAIS : Nous fabriquons des méthodes que d’autres utiliseront. Alors ils nous jugeront.

BENS: Ce sont des armes qui nous retomberont sur la gueule. Encore la guerre de 14.

BERGE : Nous parlons beaucoup de structures, trop peut-être ; il faudrait par exemple, définir et différencier : contrainte et structure.

LE LIONNAIS : Est-ce que vous ne deviez pas vous en charger avec Braffort ?

Il a encore été (à peu près) dit par :

LESCURE : Brillante et longue intervention sur le thème structure et archétype dont le S.P., à l’autre bout de la table, ne peut que saisir la conclusion : « La structure du Christ c’est sa barbe ».

De LESCURE encore : Moutton veut nous publier des cahiers avec nos comptes-rendus, deux par an. Nous pourrions faire un premier cahier rétrospectif en nous inspirant de l’enregistrement de notre séance de Verviers par la Radio Belge.

SCHMIDT : J’ai apporté un cahier blanc pour travailler.

Bruit blanc admiratif.

Prochaine séance, basque, 12 heures 30, 28 novembre.

Le. S.P.

J.D.

OUVROIR DE LITTERATURE POTENTIELLE

Circulaire n° 54

COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 14 NOVEMBRE 1964

PRESENTS :P. Braffort, R. Queneau, J. Bens, N. Arnaud, Latis, C. Berge, J. Duchateau, J. Lescure, A.-M. Schmidt.

PRESIDENT : F. LE LIONNAIS.

A. BLAVIER (Président).

Annexe 1  . Duchateau

QUENEAU : Dans le cas d’H. James, on sait par ces carnets qu’il se posait des tas de questions sur la manière de combiner ces situations. Ces contraintes qu’il s’imposait n’avaient rien de naïf. Pour les autres… ce qui serait intéressant, ce serait de mettre en valeur des systèmes de contraintes que les romanciers respectent automatiquement. Par exemple, les contraintes naïves : un auteur ne donne pas le même nom à deux personnages. C’est naïf. Et c’est une contrainte.

BRAFFORT : Ce qui m’intéresse dans ce qu’a dit Duchateau c’est que cela pourrait, sans doute, être à la base d’une nouvelle forme de critique littéraire.

LE LIONNAIS : Jusqu’à présent nous avons surtout travaillé sur les mots, je crois que depuis quelque temps nous nous intéressons à des ensembles plus complexes. Ensembles d’idées, de personnages, de situations, etc…

DUCHATEAU : Le problème réside dans le fait qu’il est facile de compter des mots, mais les éléments d’ensemble qui sont des personnages…

BRAFFORT : Il ne faut pas s’obnubiler avec le quantitatif.

DUCHATEAU : Avec le qualificatif on verse facilement dans la stylistique ou le psychologisme.

BERGE : Je suis de l’avis de Braffort. Il suffit de faire attention, nous pouvons travailler sur des ensembles d’idées.

LATIS : Des idées ? Vous voulez dire structures ; les idées, permettez-moi d’être sceptique.

BRAFFORT : Nous structurons les idées par les mathématiques.

SCHMIDT : Puisque vous parlez de structure d’idées, je voudrais faire remarquer—bien sûr j’évoque ma propre expérience, mais je ne crois pas qu’elle soit unique—, que lorsque nous jugeons un livre nous le faisons en fonction d’une thématique qui nous est chère. Est-ce que, alors, nous ne sollicitons pas des structures intentionnelles ?

LATIS : Tout lecteur ramène l’œuvre à des structures qu’il admet.

SCHMIDT : Je voudrais savoir quelles structures admettent les lectrices des maisons d’éditions ? Ne pourrions-nous pas procéder à une ou deux invitations ?

BENS : A.M. Schmidt a des curiosités malsaines.

QUENEAU : Ce qu’il y a de certain, je l’ai déjà dit je crois, c’est qu’il est facile de reconnaître un amateur d’un professionnel en quelques pages. Le livre du professionnel peut être mauvais, mais cela relève quand même de la littérature.

BENS : Je me pose, je vous pose une question : la qualité de l’œuvre dépend-elle de la structure ?

LE LIONNAIS : Cette question pertinente résume la situation. Ce dont nous sommes certains, c’est que notre propos n’est pas la valeur littéraire.

BRAFFORT : Nous sommes une fabrique d’armes et cycles.

LE LIONNAIS : Nous fabriquons des méthodes que d’autres utiliseront. Alors ils nous jugeront.

BENS: Ce sont des armes qui nous retomberont sur la gueule. Encore la guerre de 14.

BERGE : Nous parlons beaucoup de structures, trop peut-être ; il faudrait par exemple, définir et différencier : contrainte et structure.

LE LIONNAIS : Est-ce que vous ne deviez pas vous en charger avec Braffort ?

Il a encore été (à peu près) dit par :

LESCURE : Brillante et longue intervention sur le thème structure et archétype dont le S.P., à l’autre bout de la table, ne peut que saisir la conclusion : « La structure du Christ c’est sa barbe ».

De LESCURE encore : Moutton veut nous publier des cahiers avec nos comptes-rendus, deux par an. Nous pourrions faire un premier cahier rétrospectif en nous inspirant de l’enregistrement de notre séance de Verviers par la Radio Belge.

SCHMIDT : J’ai apporté un cahier blanc pour travailler.

Bruit blanc admiratif.

Prochaine séance, basque, 12 heures 30, 28 novembre.

Le. S.P.

J.D.

DM-1 (50)

14 novembre 1964

Brandon Wilner

Chiara Mainardi

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