Compte-rendu de la réunion du 31 octobre 1962

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OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

Circulaire n° 26

Réunion du 31 octobre 1962

(tenue chez Mme Berge et M. Berge à Issy-les Moulineaux)

PRESENTS : Queval, Queneau, Lescure, Le Lionnais, Duchateau, Blavier, Berge, Bens, Arnaud

INVITES : Mme Florkin et M. Florkin

PRESIDENT : J. Duchateau

Claude Berge lit une lettre d’A.M. Schmidt que des soucis de santé empêchent de participer à notre réunion. Des regrets et des vœux sont naturellement formulés.

L’heureuse présence de nos amis belges place au premier chef de nos préoccupations ce que nous commençons déjà à nommer : l’affaire liégeoise.

LE LIONNAIS : Comment se présente cette manifestation ?

FLORKIN : Je dois établir un budget et le proposer à mon trésorier. Il faut donc que je sache comment vous comptez envisager votre séjour. Je puis vous proposer : d’une part, un échange de vues à la Radio belge ; d’autre part une séance de type « cabaret ».

BENS : Cela me paraît bien futile.

DUCHATEAU : Je vous demande pardon. Il a été question, à plusieurs reprises, de Radio et de Télé. Cela se passera à la Radio ou à la Télé ?

FLORKIN : A la Radio et à la Télé

LE LIONNAIS : Peut-on envisager une présentation de l’OuLiPo faite par quelqu’un ?

FLORKIN : On peut consacrer tout un week-end à l’OuLiPo.

LE LIONNAIS : Dans ce cas, on peut faire une réunion en public, combinant une discussion et une lecture d’œuvres. La discussion, préparée à l’avance, peut être la reconstitution de discussions précédentes.

LESCURE : Par exemple, sur la nature de la LiPo.

FLORKIN : Arnaud a déjà parlé de l’OuLiPo à la RTB !

LE LIONNAIS : Sans notre permission ! Je demande le vote d’une sanction.

(Une sanction, non précisée, est votée à l’unanimité.)

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QUENEAU : Chez déjeuné récemment avec des directeurs des machinesBull. J’ai posé des jalons, sans résultat apparent. D’autre part, je crois devoir vous signaler qu’un journaliste de « Paris-Jour » m’a proposé un spectacle OuLiPo. On pourrait faire ça à Liège, non ?

LE LIONNAIS : Nous pourrions, en tous cas tenter de « visualiser » certains de nos travaux grâce à des tableaux noirs, ou des feuilles de papier préparés à l’avance.

(Suit un délire coloré, à propos d’haïkaï en couleurs.)

QUEVAL : On pourrait sans doute, à deux ou trois, monter un petit programme de sémantique audio-visuelle.

FLORKIN : Il faudrait songer à plusieurs manifestations. En ce qui nous concerne, nous aimerions profiter de votre présence pour…

LE LIONNAIS : Combien de temps ?

FLORKIN : N’ai-je pas dit « un week-end », déjà ? Vous arriveriez le vendredi après-midi. Vous auriez une séance le vendredi soir, deux séances le samedi, et une excursion le dimanche.

LESCURE : On pourrait faire un S + 7 avec la collaboration de la salle.

QUENEAU : Excellent ! On peut envisager aussi un S + 7 en patois wallon !

LE LIONNAIS : Donc, trois parties (peut-être trois séances) : Présentation de base, exercices audio-visuels, discussion générale. Ne pourrions-nous parler de notre projet de poème tangent à trois autres poèmes tangents entre eux deux à deux ?

BENS : Les Belges sont-ils de bons mathématiciens ?

BERGE : Il faudrait utiliser des machines.

QUENEAU : Comment le faire sans imposture ? Au maximum pourrons-nous présenter un bout de film 16 mm tourné chez M. Starynkevitch

LE LIONNAIS : Je verrai avec IBM.

QUENEAU : Bull a manifesté un manque d’intérêt total.

BERGE : Et le gens de Besançon ? Personnellement, je crois qu’il est difficile de se présenter en Belgique sans documents relatifs aux machines.

LE LIONNAIS : Je tâcherai aussi de voir Pousseur, lors d’un de ses passages à Paris.

QUENEAU : Il faut, en effet, demander à Quemada s’il possède des documents visuels.

BLAVIER : Que les « Parisiens » décident du travail matériel. Les Belges s’en chargeront. Bien entendu, les charmantes et dévouées compagnes des OuLiPiens sont invitées à Liège.

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On quitte la table. On rejoint le coin salon pour le café.

BLAVIER : Pour le public liégeois, il est évident que la présence de Queneau présentera un caractère publicitaire et attractif. Cela risque de le (et de nous) gêner. Il faudrait donc que M. Florkin n’insiste pas trop sur la présence du Trt Satrape.

(Approbations générale.)

LE LIONNAIS : On peut régler cela sur le programme.

FLORKIN : Je tiens à vous préciser que nous sommes très honorés de votre visite, et que nous ferons tout notre possible pour vous recevoir comifo.

(Congratulations bilatérales.)

BLAVIER : J’ajoute que c’est « Temps Mêlés » qui assurera la publication du compte-rendu des réunions de Liège.

LE LIONNAIS : Avant la réunion de novembre, il faudrait prendre contact avec Quemada, Bull et Starynkevtich.

QUEVAL : On pourrait faire un sketch, à Liège, sur les antonymes. Les antonymes sont, comme vous le savez, à peu près le contraire des synonymes. Dans certains antonymes, l’un mange l’autre, mais pas toujours. Conclusion :

La langue a rectifié le rôle de la dame :

Sémantiquement nul, le récit de la pomme,

Si l’homme ne peut plus rentrer dedans la femme,

Bien que la femme rentre aimablement dans l’homme.

(Exclamations enthousiastes.)

La prochaine réunion aura lieu, le mercredi 28 novembre, chez Mme et M. Duchateau.

Le S.P.

Mosaïque
Texte

OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

Circulaire n° 26

Réunion du 31 octobre 1962

(tenue chez Mme Berge et M. Berge à Issy-les Moulineaux)

PRESENTS : Queval, Queneau, Lescure, Le Lionnais, Duchateau, Blavier, Berge, Bens, Arnaud

INVITES : Mme Florkin et M. Florkin

PRESIDENT : J. Duchateau

Claude Berge lit une lettre d’A.M. Schmidt que des soucis de santé empêchent de participer à notre réunion. Des regrets et des vœux sont naturellement formulés.

L’heureuse présence de nos amis belges place au premier chef de nos préoccupations ce que nous commençons déjà à nommer : l’affaire liégeoise.

LE LIONNAIS : Comment se présente cette manifestation ?

FLORKIN : Je dois établir un budget et le proposer à mon trésorier. Il faut donc que je sache comment vous comptez envisager votre séjour. Je puis vous proposer : d’une part, un échange de vues à la Radio belge ; d’autre part une séance de type « cabaret ».

BENS : Cela me paraît bien futile.

DUCHATEAU : Je vous demande pardon. Il a été question, à plusieurs reprises, de Radio et de Télé. Cela se passera à la Radio ou à la Télé ?

FLORKIN : A la Radio et à la Télé

LE LIONNAIS : Peut-on envisager une présentation de l’OuLiPo faite par quelqu’un ?

FLORKIN : On peut consacrer tout un week-end à l’OuLiPo.

LE LIONNAIS : Dans ce cas, on peut faire une réunion en public, combinant une discussion et une lecture d’œuvres. La discussion, préparée à l’avance, peut être la reconstitution de discussions précédentes.

LESCURE : Par exemple, sur la nature de la LiPo.

FLORKIN : Arnaud a déjà parlé de l’OuLiPo à la RTB !

LE LIONNAIS : Sans notre permission ! Je demande le vote d’une sanction.

(Une sanction, non précisée, est votée à l’unanimité.)

QUENEAU : Chez déjeuné récemment avec des directeurs des machinesBull. J’ai posé des jalons, sans résultat apparent. D’autre part, je crois devoir vous signaler qu’un journaliste de « Paris-Jour » m’a proposé un spectacle OuLiPo. On pourrait faire ça à Liège, non ?

LE LIONNAIS : Nous pourrions, en tous cas tenter de « visualiser » certains de nos travaux grâce à des tableaux noirs, ou des feuilles de papier préparés à l’avance.

(Suit un délire coloré, à propos d’haïkaï en couleurs.)

QUEVAL : On pourrait sans doute, à deux ou trois, monter un petit programme de sémantique audio-visuelle.

FLORKIN : Il faudrait songer à plusieurs manifestations. En ce qui nous concerne, nous aimerions profiter de votre présence pour…

LE LIONNAIS : Combien de temps ?

FLORKIN : N’ai-je pas dit « un week-end », déjà ? Vous arriveriez le vendredi après-midi. Vous auriez une séance le vendredi soir, deux séances le samedi, et une excursion le dimanche.

LESCURE : On pourrait faire un S + 7 avec la collaboration de la salle.

QUENEAU : Excellent ! On peut envisager aussi un S + 7 en patois wallon !

LE LIONNAIS : Donc, trois parties (peut-être trois séances) : Présentation de base, exercices audio-visuels, discussion générale. Ne pourrions-nous parler de notre projet de poème tangent à trois autres poèmes tangents entre eux deux à deux ?

BENS : Les Belges sont-ils de bons mathématiciens ?

BERGE : Il faudrait utiliser des machines.

QUENEAU : Comment le faire sans imposture ? Au maximum pourrons-nous présenter un bout de film 16 mm tourné chez M. Starynkevitch

LE LIONNAIS : Je verrai avec IBM.

QUENEAU : Bull a manifesté un manque d’intérêt total.

BERGE : Et le gens de Besançon ? Personnellement, je crois qu’il est difficile de se présenter en Belgique sans documents relatifs aux machines.

LE LIONNAIS : Je tâcherai aussi de voir Pousseur, lors d’un de ses passages à Paris.

QUENEAU : Il faut, en effet, demander à Quemada s’il possède des documents visuels.

BLAVIER : Que les « Parisiens » décident du travail matériel. Les Belges s’en chargeront. Bien entendu, les charmantes et dévouées compagnes des OuLiPiens sont invitées à Liège.

On quitte la table. On rejoint le coin salon pour le café.

BLAVIER : Pour le public liégeois, il est évident que la présence de Queneau présentera un caractère publicitaire et attractif. Cela risque de le (et de nous) gêner. Il faudrait donc que M. Florkin n’insiste pas trop sur la présence du Trt Satrape.

(Approbations générale.)

LE LIONNAIS : On peut régler cela sur le programme.

FLORKIN : Je tiens à vous préciser que nous sommes très honorés de votre visite, et que nous ferons tout notre possible pour vous recevoir comifo.

(Congratulations bilatérales.)

BLAVIER : J’ajoute que c’est « Temps Mêlés » qui assurera la publication du compte-rendu des réunions de Liège.

LE LIONNAIS : Avant la réunion de novembre, il faudrait prendre contact avec Quemada, Bull et Starynkevtich.

QUEVAL : On pourrait faire un sketch, à Liège, sur les antonymes. Les antonymes sont, comme vous le savez, à peu près le contraire des synonymes. Dans certains antonymes, l’un mange l’autre, mais pas toujours. Conclusion :

La langue a rectifié le rôle de la dame :

Sémantiquement nul, le récit de la pomme,

Si l’homme ne peut plus rentrer dedans la femme,

Bien que la femme rentre aimablement dans l’homme.

(Exclamations enthousiastes.)

La prochaine réunion aura lieu, le mercredi 28 novembre, chez Mme et M. Duchateau.

Le S.P.

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