Compte-rendu de la réunion du 16 février 1962

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OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

REUNION DU VENDREDI 16 FEVRIER 1962

PRESENTS : DuchateauArnaudLescureQueneaule LionnaisBens

EXCUSES : Les autres.

PRESIDENT : Raymond QUENEAU

Arnaud lit une carte d’A.M. Schmidt (dont le contenu demeurera z’à jamais secret) ; puis le président lit une lettre du Régent Michel Decaudin, que voici :

« Puisse l’OuLiPo ne pas oublier mon illustre compatriote Virgile (de Toulouse) dont le T.S. Raymond Queneau rappela naguère les géniales créations linguistiques. Il poussa notamment jusqu’à la lettre (« il n’y a que la lettre ») la technique de l’inventaire :

RRR SS PP MM NT EE OO AUI

=Spes Romanorum perit.

Et cela n’est qu’un maigre zemple.

M.D. »

Arnaud demande que l’on examine si le prochain Dossier du Collège doit comporter addenda, errata, etcoetera au Dossier OuLiPien. Si oui, le signaler à Latis. (Personne ne dit mot).

QUENEAU : Il y a quelque chose de curieux : personne, ni en paroles, ni en écrits, n’a fait de commentaire sur ce Dossier. Il n’a rencontré aucun écho. (Sauf au sein du Collège, naturellement ; ce qui n’est pas peu.) J’ajoute cependant que je parle de l’OuLiPo au cours des entretiens avec Charbonnier que je viens d’enregistrer pour la radio. Je vous préciserai les dates de passage.

LE LIONNAIS : J’ai à vous parler des antérimes. L’industrie automobile a connu une révolution le jour où le moteur est passé de l’avant à l’arrière. Pour les vers, c’est le contraire : désormais, ils ne seront plus tirés, mais poussés par elle. Cela doit provoquer un renouvellement complet des sources et causes d’inspiration.


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(Note : « le contraire » ne semble pas se situer où le donne à croire notre éminent collègue. Car un moteur à l’avant tire une automobile ; un moteur à l’arrière la pousse. Les deux modes de propulsion se trouvent donc dans le même ordre chronologique, pour les vers et pour les véhicules : passé = traction ; présent = poussée.)

Arnaud donne lecture d’un poème tiré des Complaintes et Epitaphes du Roy de la Bazoche, où se trouvent des antérimes (voir en Annexe  ).

Le Lionnais propose à tout un chacun de composer des poèmes antérimés, afin de cerner le problème. On note, par exemple, la disparition de toute féminité, puisqu’un e muet n’a d’existence que dans une finale. Il donne en exemple le quatrain suivant, à rimes embrassées :

La rime – me dit-on – est de par sa nature

Encline à se loger à la fin de nos vers ;

En la plaçant au seuil de chaque alexandrin

L’art bénéficiera d’un regain de vigueur.

Lescure signale l’existence d’une forme populaire et naïve de littérature potentielle. Il cite en exemple un poème de Michel Vaucaire en allitérations sur la lettre T, et intitulé : Le T est servi.

Queneau suggère que Lescure étudie la LiPo naïve, ou LiPoNa.

Queneau donne lecture d’une lettre de M. Starynkevitch proposant les services de sa machine électronique PAF.
Arnaud signale que Cadarec connaît une dame (ou une demoiselle) travaillant sur des machines électroniques, et qui pourrait se mettre à notre disposition. Le S. P. est chargé de contacts.

QUENEAU : J’ai une triste nouvelle à vous annoncer : l’inventaire d’ALCOOLS est épuisé.

TOUS : Oh ! Flûte ! Par quel mystère ? Pas vernis !

BENS : Je suppose que c’est M. Starynkevitch qui s’est occupé de cet inventaire ?

QUENEAU : Non c’est Besançon. Mais pourquoi ?

BENS : Cela aurait expliqué pourquoi sa machine est Paf

Stupeur générale. On passe discrètement.

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Queneau écrira à Quemada pour tâcher d’avoir un exemplaire de cet inventaire, exemplaire que nous recopierons, ou publierons. Par exemple en feuilleton dans les Dossiers du Collège

Queneau lit une lettre   de Pierre Barbaud, ci-publiée en Annexe  .

Il lit ensuite un travail   effectué sur le 11ème quatrain du Vallon (de Lamartine) que l’on trouvera également en Annexe  .

Il montre enfin un ouvrage de Max Bense qu’il vient de recevoir. Cet ouvrage est en allemand, ce qui le rend malheureusement imperméable à la plupart d’entre nous.

Le Lionnais propose la composition de poèmes isosyntaxiques. Il s’agit de faire l’analyse logique et grammaticale de chaque vers d’un poème choisi à l’avance, puis de composer un autre poème ayant la même structure syntaxique que le premier.

Bens donne lecture de tentatives isovocaliques sans grand intérêt.

QUENEAU : Si l’on combine isosyntaxisme, isovocalisme et isoconsonnantisme, on retrouve le poème de départ.

LE LIONNAIS : On n’a même pas besoin d’isosyntaxisme !

QUENEAU : C’est vrai.

LE LIONNAIS : Non, ce n’est pas vrai. Il peut y avoir des agglomérations de mots différentes. D’ailleurs, j’ai envisagé le problème des iso-.

L’unanimité s’étant faite sur la salade d’oranges comme dessert, on parle de statuts, pour remarquer qu’ils font la preuve d’un bon esprit, et souhaiter qu’une commission ad hoc les complète.

QUENEAU : Il y a un travail urgent : trouver des nègres.

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BENS : On sera toujours ennuyé avec ces « correspondants » qui ne doivent pas résider sur le territoire métropolitain.

QUENEAU : On pourrait limiter le territoire métropolitain à celui desservi par les chemins de fer du même nom ?

Quelqu’un propose de remplacer, dans les élections, la majorité absolue par l’unanimité moins une voix.

On adopte la possibilité d’un vote par correspondance, pour que tous les suffrages soient exprimés.

QUENEAU : Il y a encore la question des finances. Pour les invités, les publications, etc… il faut trouver des sous !

La séance est levée sur cette délicate question.

La prochaine réunion aura lieu le VENDREDI 16 MARS 1962

Le Secrétaire Provisoire,

Attaché à l’Information Privée,

T. CHERNOZIUM

OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

REUNION DU VENDREDI 16 FEVRIER 1962

PRESENTS : DuchateauArnaudLescureQueneaule LionnaisBens

EXCUSES : Les autres.

PRESIDENT : Raymond QUENEAU

Arnaud lit une carte d’A.M. Schmidt (dont le contenu demeurera z’à jamais secret) ; puis le président lit une lettre du Régent Michel Decaudin, que voici :

« Puisse l’OuLiPo ne pas oublier mon illustre compatriote Virgile (de Toulouse) dont le T.S. Raymond Queneau rappela naguère les géniales créations linguistiques. Il poussa notamment jusqu’à la lettre (« il n’y a que la lettre ») la technique de l’inventaire :

RRR SS PP MM NT EE OO AUI

=Spes Romanorum perit.

Et cela n’est qu’un maigre zemple.

M.D. »

Arnaud demande que l’on examine si le prochain Dossier du Collège doit comporter addenda, errata, etcoetera au Dossier OuLiPien. Si oui, le signaler à Latis. (Personne ne dit mot).

QUENEAU : Il y a quelque chose de curieux : personne, ni en paroles, ni en écrits, n’a fait de commentaire sur ce Dossier. Il n’a rencontré aucun écho. (Sauf au sein du Collège, naturellement ; ce qui n’est pas peu.) J’ajoute cependant que je parle de l’OuLiPo au cours des entretiens avec Charbonnier que je viens d’enregistrer pour la radio. Je vous préciserai les dates de passage.

LE LIONNAIS : J’ai à vous parler des antérimes. L’industrie automobile a connu une révolution le jour où le moteur est passé de l’avant à l’arrière. Pour les vers, c’est le contraire : désormais, ils ne seront plus tirés, mais poussés par elle. Cela doit provoquer un renouvellement complet des sources et causes d’inspiration.

(Note : « le contraire » ne semble pas se situer où le donne à croire notre éminent collègue. Car un moteur à l’avant tire une automobile ; un moteur à l’arrière la pousse. Les deux modes de propulsion se trouvent donc dans le même ordre chronologique, pour les vers et pour les véhicules : passé = traction ; présent = poussée.)

Arnaud donne lecture d’un poème tiré des Complaintes et Epitaphes du Roy de la Bazoche, où se trouvent des antérimes (voir en Annexe  ).

Le Lionnais propose à tout un chacun de composer des poèmes antérimés, afin de cerner le problème. On note, par exemple, la disparition de toute féminité, puisqu’un e muet n’a d’existence que dans une finale. Il donne en exemple le quatrain suivant, à rimes embrassées :

La rime – me dit-on – est de par sa nature

Encline à se loger à la fin de nos vers ;

En la plaçant au seuil de chaque alexandrin

L’art bénéficiera d’un regain de vigueur.

Lescure signale l’existence d’une forme populaire et naïve de littérature potentielle. Il cite en exemple un poème de Michel Vaucaire en allitérations sur la lettre T, et intitulé : Le T est servi.

Queneau suggère que Lescure étudie la LiPo naïve, ou LiPoNa.

Queneau donne lecture d’une lettre de M. Starynkevitch proposant les services de sa machine électronique PAF.
Arnaud signale que Cadarec connaît une dame (ou une demoiselle) travaillant sur des machines électroniques, et qui pourrait se mettre à notre disposition. Le S. P. est chargé de contacts.

QUENEAU : J’ai une triste nouvelle à vous annoncer : l’inventaire d’ALCOOLS est épuisé.

TOUS : Oh ! Flûte ! Par quel mystère ? Pas vernis !

BENS : Je suppose que c’est M. Starynkevitch qui s’est occupé de cet inventaire ?

QUENEAU : Non c’est Besançon. Mais pourquoi ?

BENS : Cela aurait expliqué pourquoi sa machine est Paf

Stupeur générale. On passe discrètement.

Queneau écrira à Quemada pour tâcher d’avoir un exemplaire de cet inventaire, exemplaire que nous recopierons, ou publierons. Par exemple en feuilleton dans les Dossiers du Collège

Queneau lit une lettre   de Pierre Barbaud, ci-publiée en Annexe  .

Il lit ensuite un travail   effectué sur le 11ème quatrain du Vallon (de Lamartine) que l’on trouvera également en Annexe  .

Il montre enfin un ouvrage de Max Bense qu’il vient de recevoir. Cet ouvrage est en allemand, ce qui le rend malheureusement imperméable à la plupart d’entre nous.

Le Lionnais propose la composition de poèmes isosyntaxiques. Il s’agit de faire l’analyse logique et grammaticale de chaque vers d’un poème choisi à l’avance, puis de composer un autre poème ayant la même structure syntaxique que le premier.

Bens donne lecture de tentatives isovocaliques sans grand intérêt.

QUENEAU : Si l’on combine isosyntaxisme, isovocalisme et isoconsonnantisme, on retrouve le poème de départ.

LE LIONNAIS : On n’a même pas besoin d’isosyntaxisme !

QUENEAU : C’est vrai.

LE LIONNAIS : Non, ce n’est pas vrai. Il peut y avoir des agglomérations de mots différentes. D’ailleurs, j’ai envisagé le problème des iso-.

L’unanimité s’étant faite sur la salade d’oranges comme dessert, on parle de statuts, pour remarquer qu’ils font la preuve d’un bon esprit, et souhaiter qu’une commission ad hoc les complète.

QUENEAU : Il y a un travail urgent : trouver des nègres.

BENS : On sera toujours ennuyé avec ces « correspondants » qui ne doivent pas résider sur le territoire métropolitain.

QUENEAU : On pourrait limiter le territoire métropolitain à celui desservi par les chemins de fer du même nom ?

Quelqu’un propose de remplacer, dans les élections, la majorité absolue par l’unanimité moins une voix.

On adopte la possibilité d’un vote par correspondance, pour que tous les suffrages soient exprimés.

QUENEAU : Il y a encore la question des finances. Pour les invités, les publications, etc… il faut trouver des sous !

La séance est levée sur cette délicate question.

La prochaine réunion aura lieu le VENDREDI 16 MARS 1962

Le Secrétaire Provisoire,

Attaché à l’Information Privée,

T. CHERNOZIUM

DM-1 (17)

16 février 1962

RQ

JB

Jonathan BaillehacheCamille Bloomfield

Eva Lassalle

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