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Compte-rendu de la réunion du 26 juin 1961

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OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

Circulaire n°11

27 juin 1961

COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU LUNDI 26 JUIN 1961

PRESENTS : Paul Braffort, Jean Lescure, Latis, Noël Arnaud, Jacques Duchâteau, François le Lionnais, Raymond Queneau, Jacques Bens
1

EXCUSES : A. M. Schmidt, C. Berge, J. Queval.

PRESIDENT : Latis

La séance par la distribution, à chacun des présents, d’un exemplaire des magnifiques 100.000.000.000.000. DE POEMES. On admire l’excellence de la conception (cela va de soi), mais aussi la qualité de la réalisation matérielle.

A ce sujet, le Trt Satrape, qui s’attend à devoir répondre à de nombreuses questions radiotées, télévisées et journalisées, demande à l’assemblée, si elle croit souhaitables qu’il parle de l’Oulipo.

N. Arnaud : le dernier Dossier du Collège a signalé l’existence de l’Oulipo, ainsi que son rattachement au Collège. Ce n’est donc plus un secret pour personne. Le même Dossier a également signalé F. Le Lionnais comme co-fondateur de l’Oulipo.

En conséquence, l’assemblée se trouve d’accord pour autoriser le Trt Satrape :

  • à révéler l’existence de l’Oulipo ;
  • à préciser l’objet de ses travaux ;
  • à citer le nom de Le Lionnais (démarche d’autant plus naturelle que notre ami a rédigé la Postface du volume dont il est question) ;
  • à se fier à son propre jugement pour donner tel ou tel détail supplémentaire.

N. Arnaud : Blavier m’a demandé de parler de l’Oulipo dans le numéro de TEMPS MELES qu’il consacre à la décade cerisyenne de l’an passé. Que dois-je en dire ? Et, d’une manière générale, dans quelle mesure devons-nous collaborer à ce numéro ?

R. Queneau : A mon sens, c’est un peu prématuré. Et nous sommes engagés à réserver la primeur de nos travaux aux Dossiers du Collège. Il vaudrait mieux, sans doute, que Blavier attende la prochai -

    1Une malheureuse étourderie du SP a fait omettre, dans le précédent CR, la présence de J. Duchâteau – dont il était pourtant fait mention dans le courant des discussions. Que notre ami nous excuse. Le SP a fait trois heures de piquet.

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      ne décade de Cerisy, dont nous a parlé récemment Lescure.

      Latis : D’ailleurs, il faudrait peut-être faire remarquer à Blavier que Cerisy (l’ancien) et l’Oulipo sont différents. Cette décade-là était consacrée à RAYMOND QUENEAU – comme doit l’être le numéro de Temps Mêlés dont parle Blavier. Mélanger les deux choses provoquera peut-être une certaine confusion dans l’esprit des lecteurs.

      R. Queneau : Enfin – et c’est le plus important – nous n’avons pas encore assez de documents. Nous ne pourrions proposer à Blavier que des travaux discutables, qui n’illustreraient pas excellemment l’activité de l’Oulipo.

      Le Président : la cause est entendue.

      J. Lescure : Je voudrais mettre l’accent sur la méthode que viennent d’illustrer R. Queneau et N. Arnaud : il me semble indispensable de consulter l’Oulipo toutes les fois où nous serons conduits à en parler, ou à publier des travaux (même personnels) relevant des méthodes de l’oulipo.

      R. Queneau : Bien sûr. Nous ne devons jamais oublier que les travaux de l’Oulipo sont communs. Leur résultat est le bien de tous. Nul ne peut en disposer sans l’accord de tous.

      F. Le Lionnais : Il en est de même de toute opinion. Car tout concerne l’Oulipo, y compris la conférence d’Evian et la fabrication de la gibelotte.

      Latis : Ben alors.

      R. Queneau : Je me permets de signaler à l’auguste assemblée l’existence, dans le dernier numéro de Science et Vie, d’un article sur le langage des dauphins.

      (Suit une très savante dissertation de F. Le Lionnais sur ce sujet qu’il affectionne – nous le savons tout particulièrement.)

      J. Bens donne une lecture du « Second sonnet Privilégié de l’Oulipo ». C’est le seul valable. Il est publié, avec justifications à l’appui, en annexe de la présence circulaire  .

      Paul Braffort fait une communication sur le récent colloque de Besançon sur la lexicographie.

      Le but en était : confronter les techniques et les besoins.

      A l’heure actuelle, le Centre de Besançon dispose, sur cartes perforées, de

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        • un certain nombre d’autres textes (poèmes de Baudelaire, etc.).

        Jusqu’ici, le traitement subi par ces textes n’a rien d’Oulipien. L’étude du vocabulaire seule a été envisagée. (Ceci a permis, notamment, de déceler les passages nettement apocryphes de Saint-Thomas.).

        Cependant, un grammairien anglais, nommé WEXLER, a tenté d’établir ce qu’il nomme, assez improprement, la grammétrique. Cette discipline cherche à découvrir des règles de grammaire qu’un auteur s’est imposés à lui-même, sans nécessité grammaticale.

        Wexler a eu l’idée de demander à la Société MONOTYPE si les bandes perforées au clavier Monotype en vue de la fonte d’un texte pouvaient être utilisées pour la mise en carte (ou en bandes magnétiques) de ce texte. Il semble que oui.

        C’est pourquoi P. Braffort demande aux représentants présents de la Librairie Gallimard
        s’il serait possible de se faire prêter par les (ou de louer aux) imprimeurs les rouleaux Monotype de la Pléiade. R. Queneau déclare qu’il va s’en occuper.

        P. Braffort ajoute que Besançon connaît deux autres centres homologues : l’un situé à ISPRA (Italie), l’autre à TUBINGEN (Allemagne).

        (Il signale également que des délégués d’IBM ont rendu visite au Pape. Celui-ci leur a fait un petit discours, dont P. Braffort possède le texte. On le prie vivement de nous communiquer ce texte lors d’une prochaine séance.)

        F. Le Lionnais : Peut-on classer les alexandrins par rimes ? Par exemple, ceux de Corneille et Racine, puisqu’ils sont déjà répertoriés.

        P. Braffort : Oui. C’est très facile.

        R. Queneau : Peut-on découvrir les alexandrins involontaires existant dans une œuvre en prose ? Par exemple dans Saint-Thomas ?

        P. Braffort : Oui. Mais ce sera beaucoup plus difficile. Et il y aura du déchet.

        Latis : Il n’existe pas d’alexandrins en latin…

        R. Queneau : Certes. Mais on peut trouver des alexandrins français dans de la prose latine.

        (Dubitation chez certains.)

        R. Queneau : Pour en revenir à Corneille et Racine, on pourrait composer une tragédie bi-rimes sur leurs vers. Que l’on signerait Cornine ou Raceille.

        F. Le Lionnais : Parfaitement ! Il faudrait alors établir les intersections existant entre les personnages, les situations, les époques, les pays, etc.

        P. Braffort : Ce devrait être assez facile, à cause de la faible information contenue dans chaque vers.

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            Sur ces paroles d’espoir, la séance est levée.

            La prochaine réunion aura lieu :

            LE JEUDI 17 AOUT, à 18 HEURES

            Dans les jardins du Régent de Stratégie et Tactique Scacchiale et de Chrononomie, sis au

            23 route de la Reine (rez-de-chaussée à droite), BOULOGNE (Seine)

            Pour le Secrétaire D. Définitif

            Ythier Marchant, S. P.

            Communiqué

            A la suite d’un vœu (et pour remplir dignement les fonxions de sa charge), le Secrétaire Provisoire a décidé d’adhérer à la Ligue Antialcoolique. Il a l’intention de créer, avec les deux autres membres prohibiteurs (A.M. Schmidt et Latis), la Sous-Commission de l’Oulipo minérale.

            Mosaïque
            Texte

            OUVROIR DE
            LITTERATURE
            POTENTIELLE

            Circulaire n°11

            27 juin 1961

            COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU LUNDI 26 JUIN 1961

            PRESENTS : Paul Braffort, Jean Lescure, Latis, Noël Arnaud, Jacques Duchâteau, François le Lionnais, Raymond Queneau, Jacques Bens
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            EXCUSES : A. M. Schmidt, C. Berge, J. Queval.

            PRESIDENT : Latis

            La séance par la distribution, à chacun des présents, d’un exemplaire des magnifiques 100.000.000.000.000. DE POEMES. On admire l’excellence de la conception (cela va de soi), mais aussi la qualité de la réalisation matérielle.

            A ce sujet, le Trt Satrape, qui s’attend à devoir répondre à de nombreuses questions radiotées, télévisées et journalisées, demande à l’assemblée, si elle croit souhaitables qu’il parle de l’Oulipo.

            N. Arnaud : le dernier Dossier du Collège a signalé l’existence de l’Oulipo, ainsi que son rattachement au Collège. Ce n’est donc plus un secret pour personne. Le même Dossier a également signalé F. Le Lionnais comme co-fondateur de l’Oulipo.

            En conséquence, l’assemblée se trouve d’accord pour autoriser le Trt Satrape :

            • à révéler l’existence de l’Oulipo ;
            • à préciser l’objet de ses travaux ;
            • à citer le nom de Le Lionnais (démarche d’autant plus naturelle que notre ami a rédigé la Postface du volume dont il est question) ;
            • à se fier à son propre jugement pour donner tel ou tel détail supplémentaire.

            N. Arnaud : Blavier m’a demandé de parler de l’Oulipo dans le numéro de TEMPS MELES qu’il consacre à la décade cerisyenne de l’an passé. Que dois-je en dire ? Et, d’une manière générale, dans quelle mesure devons-nous collaborer à ce numéro ?

            R. Queneau : A mon sens, c’est un peu prématuré. Et nous sommes engagés à réserver la primeur de nos travaux aux Dossiers du Collège. Il vaudrait mieux, sans doute, que Blavier attende la prochai -

            ne décade de Cerisy, dont nous a parlé récemment Lescure.

            Latis : D’ailleurs, il faudrait peut-être faire remarquer à Blavier que Cerisy (l’ancien) et l’Oulipo sont différents. Cette décade-là était consacrée à RAYMOND QUENEAU – comme doit l’être le numéro de Temps Mêlés dont parle Blavier. Mélanger les deux choses provoquera peut-être une certaine confusion dans l’esprit des lecteurs.

            R. Queneau : Enfin – et c’est le plus important – nous n’avons pas encore assez de documents. Nous ne pourrions proposer à Blavier que des travaux discutables, qui n’illustreraient pas excellemment l’activité de l’Oulipo.

            Le Président : la cause est entendue.

            J. Lescure : Je voudrais mettre l’accent sur la méthode que viennent d’illustrer R. Queneau et N. Arnaud : il me semble indispensable de consulter l’Oulipo toutes les fois où nous serons conduits à en parler, ou à publier des travaux (même personnels) relevant des méthodes de l’oulipo.

            R. Queneau : Bien sûr. Nous ne devons jamais oublier que les travaux de l’Oulipo sont communs. Leur résultat est le bien de tous. Nul ne peut en disposer sans l’accord de tous.

            F. Le Lionnais : Il en est de même de toute opinion. Car tout concerne l’Oulipo, y compris la conférence d’Evian et la fabrication de la gibelotte.

            Latis : Ben alors.

            R. Queneau : Je me permets de signaler à l’auguste assemblée l’existence, dans le dernier numéro de Science et Vie, d’un article sur le langage des dauphins.

            (Suit une très savante dissertation de F. Le Lionnais sur ce sujet qu’il affectionne – nous le savons tout particulièrement.)

            J. Bens donne une lecture du « Second sonnet Privilégié de l’Oulipo ». C’est le seul valable. Il est publié, avec justifications à l’appui, en annexe de la présence circulaire  .

            Paul Braffort fait une communication sur le récent colloque de Besançon sur la lexicographie.

            Le but en était : confronter les techniques et les besoins.

            A l’heure actuelle, le Centre de Besançon dispose, sur cartes perforées, de

            Jusqu’ici, le traitement subi par ces textes n’a rien d’Oulipien. L’étude du vocabulaire seule a été envisagée. (Ceci a permis, notamment, de déceler les passages nettement apocryphes de Saint-Thomas.).

            Cependant, un grammairien anglais, nommé WEXLER, a tenté d’établir ce qu’il nomme, assez improprement, la grammétrique. Cette discipline cherche à découvrir des règles de grammaire qu’un auteur s’est imposés à lui-même, sans nécessité grammaticale.

            Wexler a eu l’idée de demander à la Société MONOTYPE si les bandes perforées au clavier Monotype en vue de la fonte d’un texte pouvaient être utilisées pour la mise en carte (ou en bandes magnétiques) de ce texte. Il semble que oui.

            C’est pourquoi P. Braffort demande aux représentants présents de la Librairie Gallimard
            s’il serait possible de se faire prêter par les (ou de louer aux) imprimeurs les rouleaux Monotype de la Pléiade. R. Queneau déclare qu’il va s’en occuper.

            P. Braffort ajoute que Besançon connaît deux autres centres homologues : l’un situé à ISPRA (Italie), l’autre à TUBINGEN (Allemagne).

            (Il signale également que des délégués d’IBM ont rendu visite au Pape. Celui-ci leur a fait un petit discours, dont P. Braffort possède le texte. On le prie vivement de nous communiquer ce texte lors d’une prochaine séance.)

            F. Le Lionnais : Peut-on classer les alexandrins par rimes ? Par exemple, ceux de Corneille et Racine, puisqu’ils sont déjà répertoriés.

            P. Braffort : Oui. C’est très facile.

            R. Queneau : Peut-on découvrir les alexandrins involontaires existant dans une œuvre en prose ? Par exemple dans Saint-Thomas ?

            P. Braffort : Oui. Mais ce sera beaucoup plus difficile. Et il y aura du déchet.

            Latis : Il n’existe pas d’alexandrins en latin…

            R. Queneau : Certes. Mais on peut trouver des alexandrins français dans de la prose latine.

            (Dubitation chez certains.)

            R. Queneau : Pour en revenir à Corneille et Racine, on pourrait composer une tragédie bi-rimes sur leurs vers. Que l’on signerait Cornine ou Raceille.

            F. Le Lionnais : Parfaitement ! Il faudrait alors établir les intersections existant entre les personnages, les situations, les époques, les pays, etc.

            P. Braffort : Ce devrait être assez facile, à cause de la faible information contenue dans chaque vers.

            Sur ces paroles d’espoir, la séance est levée.

            La prochaine réunion aura lieu :

            LE JEUDI 17 AOUT, à 18 HEURES

            Dans les jardins du Régent de Stratégie et Tactique Scacchiale et de Chrononomie, sis au

            23 route de la Reine (rez-de-chaussée à droite), BOULOGNE (Seine)

            Pour le Secrétaire D. Définitif

            Ythier Marchant, S. P.

            Communiqué

            A la suite d’un vœu (et pour remplir dignement les fonxions de sa charge), le Secrétaire Provisoire a décidé d’adhérer à la Ligue Antialcoolique. Il a l’intention de créer, avec les deux autres membres prohibiteurs (A.M. Schmidt et Latis), la Sous-Commission de l’Oulipo minérale.

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